Histoire du fantastique

Découvrez l’histoire du genre fantastique au cinéma, de son apparition à son essor en passant par les effets spéciaux dans le cinéma fantastique.

Source image (Bayer, 2014)

Le fantastique, c’est quoi ?

Le fantastique est un genre littéraire et cinématographique qui met en scène un élément surnaturel ou irrationnel qui se déroule dans la réalité que nous connaissons. Le fantastique remet en question tout notre savoir sur le monde et amène une confusion certaine sur la réalité des événements qui se produisent (Menegaldo, 2001). Il est donc difficile, dans une œuvre fantastique, de déterminer si les événements sont réels ou irréels. Aucune explication rationnelle n’est donnée sur les événements d’une œuvre fantastique, c’est ce qui va le différencier des autres genres (Études Littéraires, 2021).

Bien souvent, le récit fantastique (qu’il soit littéraire ou cinématographique) provoque des sentiments déplaisants. Ces sentiments sont souvent la peur, l’inquiétude, l’hésitation et parfois même l’angoisse de ne pas comprendre ce qu’il se passe. Il y a quelque chose qui est parfois dérangeant dans le fantastique car aucun élément rationnel ou logique ne peut aider à relativiser. Le fantastique est un genre qui incorpore non seulement des êtres surnaturels (loup-garou, vampire, fantôme, sorcier) mais aussi des phénomènes étranges qui mélangent rêve, folie et réalité (Cité Cinéma, 2007). Attention cependant que si une raison logique survient dans le récit fantastique, alors il ne s’agit plus d’un récit fantastique. L’essence même du récit est le manque de rationalité et d’explication.


Quand est apparu le fantastique ?

Le fantastique est apparu à la fin du 19ème siècle, d’abord dans la littérature. Les premières personnes à avoir écrit des histoires fantastiques sont des auteurs célèbres comme Edgar Allan Poe (Histoires extraordinaires, entre 1830 et 1840), Guy de Maupassant (Le Horla, 1887) et Bram Stoker (Dracula, 1897), (Fortier, 2019).

Au cinéma, le fantastique est apparu au début du 20ème siècle et s’inspire des œuvres littéraires du genre. Le premier film fantastique, Voyage dans la lune de Georges Méliès, a été réalisé en 1902, en France. Au niveau des États-Unis, ce sont les romans Dr. Jekyll et Mr. Hyde de Stevensons et Frankenstein de Mary Shelley qui sont les premières œuvres fantastiques à être adaptées au cinéma (Albarras, 2016).

Il est d’ailleurs important de souligner également que certaines des œuvres fantastiques étaient déjà des succès avant d’être adaptées en film. Par exemple, Frankenstein de Mary Shelley paru en 1818 s’est retrouvé être un grand succès dès sa parution. D’abord publié en anonyme, l’autrice a publié une seconde fois son roman en 1823 avec son propre nom sur la couverture. Il s’agit d’un roman gothique alors considéré comme l’un des romans précurseurs de la science-fiction mais aussi du fantastique (Ropert, 2018).

Cependant, d’autres œuvres littéraires ne connaîtront pas de succès directement à leur parution. C’est notamment le cas de Dracula de Bram Stoker (1897), qui n’a connu le succès qu’à la mort de son auteur en 1912. Dès 1922, des films s’inspirant de l’histoire du célèbre vampire sont faits, comme Nosferatu le vampire (Friedrich Wilhelm Murnau, 1922), Dracula (Tod Browning, 1931) et Le Cauchemar de Dracula (Terence Fisher, 1958), (L’Internaute, 2019).

Dans une revue d’étude cinématographique, Christiane Lahaie explique que la transposition d’une œuvre littéraire fantastique en œuvre cinématographique aurait tendance à envoyer aux oubliettes l’essentiel du récit fantastique : les émotions transmises par la subjectivité du narrateur. En effet, dans une œuvre littéraire fantastique dans laquelle un événement étrange et inexplicable se produit, il est plus facile de décrire ce qui se passe dans la tête du personnage, notamment vis à vis de son questionnement et de ses peurs. Dans un film, c’est un exercice qui est plus complexe puisque tout doit directement transparaître visuellement parlant. Le spectateur doit comprendre ce que ressent le personnage juste en le regardant bouger et en regardant son visage alors qu’un lecteur va pouvoir visualiser de lui-même chaque détail puisque tout sera écrit noir sur blanc, ce qui va faciliter sa compréhension de la situation. Si on en croit son étude, une œuvre littéraire fantastique va permettre une meilleure immersion dans un univers fantastique au niveau des émotions et du ressenti qu’un film fantastique ne pourrait le faire (Lahaie, 1995).


L’essor du fantastique

Après la Première Guerre Mondiale, le cinéma fantastique allemand va s’inspirer de la réalité que vivent les allemands dans leur vie quotidienne. De là, l’expressionnisme va se créer pour faire face à tous les événements survenus pendant la guerre (Wiot, 2020). Le premier film, devenu précurseur dans ce domaine, est L’Étudiant de Prague réalisé par Stellan Rye et de Paul Wegener sorti en 1913. Ensuite, il y aura Le Cabinet du Docteur Caligari par Robert Wiene (1920) et Les Nibelungen par Fritz Lang (1924), (Wikipédia, 2021).

Aux États-Unis, après le krach boursier ayant eu lieu en 1929, les américains prennent peur au vu de la situation économique du pays et cherchent alors un coupable. Cette angoisse va se traduire au cinéma par des créatures surnaturelles comme les vampires, les loups garous, etc. où le monstre ne triomphe jamais (Wiot, 2020).

Lorsque le parlant va faire son apparition au cinéma dans les années 30, le genre fantastique va connaître une forte croissance, surtout aux États-Unis. Des films fantastiques, devenus cultes aujourd’hui et produits par Universal Pictures et RKO Pictures à l’époque, vont alors voir le jour : Dracula de Tod Browning (1931), La Chasse du comte Zaroff de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932) et King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack (1932).

Les monstres et autres créatures surnaturelles reviendront à la suite de la Deuxième Guerre Mondiale et surtout, à la suite du bombardement de Hiroshima et Nagasaki en 1945. Un univers imaginaire va se créer autour de ce tragique événement et va amener un autre genre cinématographique qui est la science-fiction, notamment avec Godzilla, réalisé par Ishiro Honda en 1954 (Albarras, 2016).

Source Vidéo (FilmStruck, 2017)

Dans les années 50, au Royaume-Uni, la Hammer Film Productions va reprendre les classiques du genre fantastique de la littérature du 19ème siècle pour leur donner peau neuve, alors qu’aux États-Unis, le cinéma se tourne plus vers la science-fiction suite à la guerre froide. Terence Fisher va réaliser Frankenstein s’est échappé en 1957, Les Maîtresses de Dracula en 1960 et Dracula, prince des ténèbres en 1966 (Albarras, 2016).

Plus tard, entre 1960 et 1970, grâce à Alfred Hitchcock, le cinéma fantastique va devenir plus réaliste avec ses œuvres comme Psychose (1963) et Les Oiseaux (1963). Le cinéma fantastique va se voir attribué un sous-genre qui est le cinéma d’épouvante dont l’essor va se faire jusqu’en 1980 avec, par exemple, L’Exorciste de William Friedkin (1973). Un autre sous-genre du cinéma fantastique va également voir le jour : le cinéma dit post-apocalyptique et le cinéma d’anticipation, avec La Planète des Singes de Franklin J. Schaffner (1968) et Mad Max de George Miller (1979), (Albarras, 2016).

Suite à cela, les blockbusters ont fait leur apparition à Hollywood. Les budgets pour ces films vont exploser, les effets spéciaux vont devenir de plus en plus impressionnants et des jeunes réalisateurs vont faire leur entrée dans le monde du cinéma, comme James Cameron, George Lucas, Steven Spielberg, etc. Beaucoup de films fantastiques à gros budget vont alors être réalisés, comme Alien de Ridley Scott (1979), La Guerre des Étoiles de George Lucas (1977), Beetlejuice de Tim Burton (1988), Terminator de James Cameron (1984), etc.

Victime de son succès, le cinéma fantastique, au cours de son expansion, a traité de nombreux sujets avec de nombreuses thématiques et de nombreuses créatures surnaturelles. De fait, de plus en plus de reboots et de remakes sont, encore aujourd’hui, fait. Il s’agit notamment de King Kong en 2005, La Trilogie de La Planète des Singes en 2011, Godzilla en 2014, Mad Max en 2015, Alien en 2012, etc. (Albarras, 2016).


Effets spéciaux dans le cinéma fantastique

Les effets spéciaux au cinéma ont fait leur apparition à la fin du 19ème siècle grâce au français George Méliès. Ce dernier aimait beaucoup la prestidigitation et aimait donc piéger les gens avec des tours de magie. Il va vouloir acheter le cinématographe inventé par les Frères Lumières en 1895. Ceux-ci ne vont pas accepter et George Méliès va alors créer lui-même sa propre machine à partir d’un projecteur qu’il appellera le kinématographe (Beslon, s. d.)

Il va ensuite commencer à tourner quelques courts-métrages en utilisant principalement des maquettes pour créer de plus en plus d’illusions, comme notamment un accident de train. Il va également jouer sur des illusions d’optiques en jouant avec l’angle de prise de vue pour faire, par exemple, croire à un homme qui grimpe à un mur alors qu’en réalité, celui-ci est couché à plat ventre sur le sol. Il va également réaliser un film, appelé The Vanishing Lady, où il fait disparaître une femme. Pour cela, il coupera la caméra et la rallumera ensuite une fois que la femme se sera retiré. C’est ainsi que les premiers effets spéciaux ont fait leur apparition et ce, sans outils informatiques puisqu’ils n’existaient pas à cette époque (Beslon, s. d.)

Source vidéo (Change Before Going Production, 2017)

Au niveau du maquillage, au début du 20ème siècle, de la cire à modeler était utilisée pour modifier le visage d’un acteur ou pour créer des blessures. Ensuite, le latex liquide a été utilisé quant à lui pour créer des rides et vieillir un acteur. Vers 1920, c’est un adhésif médical appelé collodion qui est utilisé pour coller la peau mais aussi pour créer des illusions de brûlures (Goglin et al., 2018, p.4)

Vers 1930, le premier King Kong (Merian C. Cooper, Ernest B. Schoedsack, 1933) est alors le premier film à être réalisé en stop motion avec un animatronique (créature robotisée et commandée à distance), ce qui est une véritable révolution pour l’époque (e-tribArt Institut, 2014).

Source Vidéo (MovieClips, 2016)

Pour le film La Planète des Singes (1968), le tournage a été retardé de deux ans parce qu’il était compliqué de réaliser un maquillage pour les acteurs destinés à jouer le rôle des singes. C’est un ancien chirurgien, John Chambers, qui est alors venu à la rescousse des équipes de tournage pour réaliser des prothèses (Goglin et al., 2018, p.4).

Source Image (Roddy McDowall se faisant maquiller en singe pour La Planète des Singes, 1968)

Dès lors, jusque dans les années 1980, la plupart des effets spéciaux que l’on retrouve dans les films étaient réalisés à partir de maquettes et de ficelles. On peut retrouver ce genre d’effets spéciaux dans des films comme Godzilla (1954) et Titanic (1997), (Flakom, 2013).

Ensuite, les images de synthèses ont commencés à faire leur apparition en même temps que les ordinateurs et n’ont cessé d’évoluer depuis. Le premier effet 3D a été réalisé dans Le Retour du Jedi (George Lucas, 1983). La 3D a donc marqué un tournant dans la réalisation des effets spéciaux et a été utilisée dans plus en plus de films, comme Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993), (Flakom, 2013).

Dans les années 2000, on voit l’arrivée de blockbusters, comme Matrix (Les Wachowski, 1999), Le Seigneur des Anneaux (Peter Jackson, 2001), Harry Potter à l’école des sorciers (Chris Columbus, 2001), Spider-Man (Sam Raimi, 2002), etc. avec des effets spéciaux de plus en plus utilisés, notamment avec la transformation de Andy Serkis en Gollum. Le premier film entièrement réalisé en images de synthèses est Toy Story (John Lasseter, 1995) par les studios Pixar et depuis, d’autres grands films d’animations ont également utilisé cette méthode (e-tribArt Institut, 2014).

Source Image (Rawat, 2020)

Les effets spéciaux ont donc eu une importance capitale dans la réalisation des films fantastiques puisqu’ils ont permis une belle avancée dans la création de créatures surnaturelles et d’effets spéciaux plus poussés pour créer une atmosphère angoissante.

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